Languedoc. Ce mot  est apparu pour la première fois à la fin du 13e siècle sous le règne de Philippe le Bel pour désigner l'ensemble des pays méridionaux récemment annexés à la Couronne.

        Ce nom était déjà vulgairement usité comme synonyme de langue provençale parce que les peuples de cet idiome disaient OC pour OUI ; par opposition, le nom de langue d'OÏL ou langue du OUI était donné au dialecte qui a donné la langue française.

        Le terme de Languedoc ne veut donc pas dire grand chose. On a associé au Roussillon une partie du Languedoc pour en faire une région administrative appelée Languedoc-Roussillon. Mais pour les gens de Limoux et de la Haute vallée de l'Aude, le sentiment d'appartenance à cette communauté régionale n'est pas puissant car rien ne fait écho dans la conscience collective.

        Tous les épisodes marquants de l'histoire de notre région, toutes les souffrances, les luttes, les joies, les gens d'ici les ont vécues soit ensemble (chapellerie, inondations, ...) soit communément avec leurs voisins, y compris avec ceux de la région voisine Midi-Pyrénées de l'Ariège  (croisade contre les Cathares, guerre de religion, 1907...). Jamais entre languedocien du Languedoc-Roussillon.

        Pour les Couizanols, les Quillanais ou les Pieussencs qui sont de souche, leur Languedoc est bien plus vaste.  Mais c'est une notion subjective, en tout cas, une zone indéterminée mais dans laquelle on parle l'occitan. Car il y a une conscience linguistique. La langue maternelle est parlée dans les familles par les personnes âgées, rarement par les plus jeunes. Elle a été refoulée par le français, la langue officielle, la langue de la télévision, la langue de l'écrit, la langue de l'école.

        Car l'école publique a été l'arme pour faire la chasse à l'occitan. Les maîtres d'école ont fait la guerre à la langue des peuples des campagnes en la dévalorisant et en la traitant même de "jargon populaire, niais, d'entrave au progrès". A l'école, si j'en juge le vécu de ma grand mère qui m'a raconté, c'était une guerre quotidienne car les élèves qui parlaient leur langue maternelle (la langue de leurs émotions) étaient humiliés en étant obligés de porter un bonnet d'âne jusqu'à ce qu'un autre enfant commette l'irrémédiable erreur.   Ironie de l'histoire, l'occitan est aujourd'hui enseigné à l'école, du primaire à l'université.

        Pourtant, l'occitan est bien une langue à part entière qui fait partie du groupe linguistique roman, au même titre que le catalan, le français, l'espagnol, le portugais, le sarde, l'italien  le roumain et le rhéto-grison. Avant, la conquête romaine, tous les habitants de la Gaule, à l'exception de la colonie phocéenne de Marseille,  employaient le celtique. la romanisation de la Gaule fut assez rapide et la langue celtique disparaît mais en laissant des habitudes articulatoires propres comme le son qui n'existe pas dans les autres langues romanes. Puis vinrent le temps des invasions, les Wisigoths, poussés par les Francs s'installent plus dans le sud de la France. Aussi, schématiquement, la langue romane évoluera vers le français dans les régions occupées plus longtemps par les Francs, vers l'occitan dans les territoires occupés plus longtemps par les Wisigoths.

        Il est curieux de constater que les premiers textes d'oïl (10e) sont en normand, champenois, picard. Le premier poème en dialecte d'Île de France "Thomas le Martyr", qui est celui des Rois de France, date de 1173.  Pendant ce temps là, la littérature occitane brillait grâce au génie de ses poètes lyriques. Ses troubadours qui devaient être poètes, compositeurs de musique et chanteurs ont su inventer des formes nouvelles d'art, des thèmes originaux. L'amour courtois devient le thème principal  et la chanson l'oeuvre maîtresse des troubadours qui sont parfois de grands seigneurs comme Guillaume de Poitiers.

        L'abbé Grégoire dont il sera parlé un peu plus loin disait : " Pensez vous, me dit-on, que les méridionaux se résoudront facilement à quitter leur langue qu'ils chérissent par habitude et par sentiment ? Leurs dialectes, appropriés au géni d'un peuple qui pense vite et qui s'exprime de même ont une syntaxe où l'on rencontre moins d'anomalie que dans notre langue. Par leur richesse et leur prosodie éclatante, ils rivalisent avec la douceur de l'italien et avec la gravité de l'espagnol ; probablement au lieu de la langue des trouvères, nous parlerions de la langue des troubadours si Paris, le centre du gouvernement avait été sur la rive gauche de la Loire."