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COUIZA

© Tony Bontempi
Couiza est un village de 1200 habitants, chef-lieu de canton dans la haute vallée de l'Aude. Situé sur la N118 lorsque la rivière Sals rejoint le fleuve Aude, à proximité de Rennes le Château, à mi-chemin entre Quillan et Limoux, entre la plaine de Carcassonne et les montagnes Pyrénées, il est bien abrité par les collines qui l'environnent sans l'enserrer. Le passé économique est agricole et surtout industriel (Chapellerie, chaussures, plâtres...). Aujourd'hui, il ne subsiste à peu près rien de l'activité économique d'autrefois, mais des entreprises artisanales se sont installées compensant quelque peu le désastre industriel qu'a vécu la vallée depuis les années 80.
En traversant le bourg, un édifice remarquable attire l'attention : le château des Ducs de Joyeuse.
Le château de Couiza
Au 16e, la fille de Jean de Voisin
se marie avec Jean de Joyeuse. C'est au cours de ce siècle, en 1540 que les
Joyeuse construisent le magnifique château que nous connaissons aujourd'hui. La
"capitale" de la baronnie d'Arques est transférée d'Arques à Couiza et ce n'est
qu'à ce moment que Couiza compte parmi les localités importantes des pays
d'Aude. Ce n'est que lorsque Françoise de VOISINS, la dernière héritière de la
famille épouse Jean de JOYEUSE que les seigneurs et barons d'Arques élisent leur
domicile à Couiza. La construction du nouveau château démarre au milieu du 16e
siècle.
© Tony Bontempi
C'est un château de défense : On remarque la présence de 4 tours à chaque angle du quadrilatère. Le château est formé par quatre bâtiments de longueurs différentes qui entourent une cour intérieure. Les murs sont épais, les tours sont percées de canonnières , une bretèche avec double mâchicoulis défend la porte. Il reste côté nord une rangée de mâchicoulis, il est possible que chaque bâtiment en était muni. Certes, les défenses était insuffisantes pour tenir un siège, mais pouvaient suffire pour tenir tête à une bande armée.
C'est un château résidentiel construit par l'homme qui occupait le poste le plus haut de la hiérarchie régionale et qui, dans son siècle, a incorporé des notions architecturales nouvelles, les prémices de la Renaissance. Ces contrastes donnent un cachet particulier à cette splendide construction alliant la puissance d'un château du Moyen-âge avec une certaine élégance.
Aujourd'hui, dans le cadre somptueux avec le parc et en bordure de l'Aude, le château médiéval des Ducs de Joyeuse, abrite l'Hostellerie du même nom.
Éléments d'histoire
par Rémy Pech
Les origines de Couiza
Les origines de ce petit chef-lieu de canton de 1200 habitants sont liées à la présence d'un domaine gallo-romain dont on ignore encore l'emplacement exact. Il faut attendre l'époque carolingienne pour apprendre que le modeste petit village de Couizanum est cédé à la déjà riche abbaye de Lagrasse qui y fonde un petit prieuré, rive gauche de la Sals dans le quartier de l'actuelle église. Les religieux, au fil des siècles, procèdent à une sommaire fortification des lieux car en effet, l'an 1226, en plein drame cathare, la dame de Niort et son fils Raymond de Roquefeuil, indignés des procédés de l'Inquisition, se font administrer le sacrement du consolament - par effet duquel ils accèdent au rang des Parfaits - dans "la force de Couiza". De nos jours, le quartier porte encore ce nom.
Couiza pendant la croisade
Lors de la conquête du midi par les croisés du Nord, l'un des lieutenants de Simon de Montfort, Pierre de Voisins, reçoit en fief les terres de Couiza sises rive droite de la Sals et celles d'Arques : ces deux villages et leurs hameaux constitueront la baronnie puis le marquisat d'Arques et Couizan jusqu'à la Révolution. La famille de Voisins a laissé peu de traces architecturales de son établissement tri séculaire à Couiza : en 1940 subsistaient encore un moulin et une chaussée sur le cours de l'Aude, une glacière et, de ce qui avait été un manoir bâti sur voûtes très remanié au fil des siècles, une fabrique de chapellerie devenue manufacture de chaussure le long de la route 118 "d'Alby en Espagne".
Le château
L'an 1518 reste LA date mémorable de Couiza : cette année là, Françoise de Voisins, unique héritière et ultime descendante du lieutenant de Simon de Montfort, s'unit à Jean de Joyeuse. Ce mariage est à l'origine de la construction du château, unique spécimen "Renaissance" du département de l'Aude. Sévère et orgueilleuse demeure seigneuriale édifiée au bord de la rivière Aude, face au Roc de France, cette solide construction n'assurera jamais un rôle tutélaire à l'égard du village et de ses pauvres habitants. En sa très belle cour intérieure se déploient l'élégance et la noblesse de la première Renaissance, le château ayant été construit entre 1540 et 1550, François 1er régnant. On émet l'hypothèse que Nicolas Bachelier, élève de Michel-Ange et maître d'oeuvre de l'hôtel d'Assézat de Toulouse, en aurait été l'architecte.
Venons-en maintenant aux deux familles seigneuriales propriétaires de ce château deux siècles durant.
La famille de Joyeuse
Les JOYEUSE, originaires de Joyeuse en Vivarais qu'ils possèdent en fief par mariage depuis le 12ème siècle, avec le simple titre de baron. Ils servent fidèlement le roi pendant la Guerre de Cent Ans, si bien que Charles VII, en 1432, leur confère le rang de Vicomte. Dès cette époque, ils vivent à la cour dans la familiarité des rois Valois. Jean de JOYEUSE est Lieutenant Général en Languedoc et gouverneur de Narbonne. Son fils Guillaume, pourvu de la même charge, nommé Maréchal de France par Henri III en 1582, passe sa vie à pacifier la province qu'il parcourt en tous sens, résidant souvent à Couiza, où il se retire définitivement en 1588 et où il meurt "fort âgé" en janvier 1592. Dans ces temps de guerre civile où se déchaîne une barbarie sans nom, il convient de souligner qu'au lendemain de la saint Barthélemy (août 1572), alors qu'il se trouvait à Béziers, Guillaume de Joyeuse s'opposa au massacre des protestants de cette ville. De ses 7 garçons, certains appelés à de hautes charges et délaissant le château, ne devait survivre qu'une petite-fille Henriette-Catherine de JOYEUSE, duchesse de Montpensier, puis de Guise, et grand-mère maternelle de la célèbre "Grande mademoiselle". Cette "haute et puissante dame" vendit le château et la seigneurie d'Arques et de Couiza, en 1646, à Claude de REBE, neveu de l'archevêque de Narbonne.
La famille de Rébé
La famille de REBE, originaire d'Amplepuis en Lyonnais, conserve le château jusqu'au 18ème siècle. Elle réside surtout à Paris mais aussi à Couiza. Seuls de toute la noblesse du diocèse d'Alet à être membre à l'assemblée des États de Languedoc, les REBE obtiendront des États la construction du Pont sur l'Aude, actuel Pont Vieux, dont les parapets laissés à l'abandon mériteraient une sérieuse et complète restauration. Pour préserver le bourg de Couiza des redoutables crues de l'Aude, ils font aussi édifier, toujours par les Etats, une digue en bonne pierre de la rue d'Aude jusqu'au pont. Ce souci de bien public rachète les fautes que cette famille commit à l'encontre des habitants lors de son installation à Couiza et contre lesquelles s'éleva avec détermination, courage et succès le seul évêque d'Alet qui ait laissé un nom dans l'histoire du royaume : Nicolas PAVILLON. Après les REBE, le château et la seigneurie deviennent propriété du "milliardaire" carcassonnais CASTANIER d' AURIAC, puis de sa fille, Madame de POULPRY, laquelle émigra à la Révolution ; ses biens furent alors saisis puis vendus.
Le village d'autrefois
Pour ce qui concerne le village proprement dit, sa configuration s'ordonne d'une part dans la proximité de l'église, contiguë au cimetière, d'autre part le long de la Sals, rive gauche. La petite bourgeoisie locale, les FEDIE, les VASSEROT, les SAURINE, les AMIGUES, vivent pour la plupart rue du Pont., devenue de nos jours la rue de la rampe et la rue du cimetière vieux, tandis que les manants s'entassent dans le secteur des Quatre Coins" et dans quelques maisons du quartier d'Outre Pont., rive droite de la Sals. Rue saint Jean, une imposante demeure Louis XIII appartenant aujourd'hui à plusieurs propriètaires et qui ne conserve qu'une seule de ses quatres fenêtres à meneaux, abrite pendant près de 250 ans la famille la plus riche du bourg, les PEPRATS ou PEPRAX, négociants : l'un d'eux, sous Louis XV, est titulaire de l'ordre royal et militaire de Saint Louis.
(Couiza, mars 2002)
L'église de Couiza
par René PECH
L'église de Couiza, placée sous l'invocation de saint Jean Baptiste, telle qu'elle s'offre à nos regards, a été presque entièrement reconstruite en 1855 sur l'emplacement d'un édifice ancien,, de l'origine et de la construction duquel nous ne savons à peu près rien. Cependant, les rares sources écrites ou imprimées nous permettront dans un premier temps d' évoquer ce que fut ce bâtiment. Des renseignements plus nombreux nous cconduiront à traiter en second lieu de l'église actuelle, des circonstance de sa destruction et de son mobilier.
© Tony Bontempi
Il convient d'accueillir avec circonspection les assertions de notre vénérable compatriote Louis FEDIE selon lesquelles l'abbaye de Lagrasse aurait fondé ici, aux temps carolingiens, le prieuré de Cuvicianus, ce nom de lieu pouvant tout aussi bien désigner l'actuel lieu-dit de Cuize, sis au coeur de la Corbière, en ce qu'elle a de plus âpre et de plus retiré. Plus vraisemblablement, cet ancien édifice était contemporain de Cousanum, figurant dans la liste des villages donnés à Pierre de VOISINS, en 1231, par Saint Louis. Au 17ème siècle, les registres paroissiaux conservés en mairie évoquent incidemment l'existence, dans cette église, d'une chapelle dédiée à Saint Raymond de PENAFORT. Au siècle suivant, une très intéresssante minute de l'étude de maître SIAU, notaire d'Espéraza et portant adjudication des travaux de reconstruction du clocher, nous apprend que le clocher primitif, situé à la jonction du choeur et de la nef, menace de s'écrouler. Il sera reconstruit là où on le voit aujourd'hui. ; à cette occasion, l'intérieur de l'église sera entièrement rénové. Enfin, en pleine Révolution, le 16 thermidor an II, le citoyen COMTA, ancien moine défroqué de Saint Michel de Cuxa, en présence des officiers municipaux consternés et apeurés, se livre avec des exaltés de sa suite à la destruction des tableaux, des tabernacles, des retables et , pour faire bonne mesure, de la pierre du maître autel.
On sait avec certitude que la nef centrale de notre ancienne église abritait plusieurs sépultures : laissons parler Louis FEDIE, témoin occulaire :
"Deux de ces tombeaux, placés dans le centre de l'édifice, consistaient en une seule pierre de petites dimensions, et marquaient probablement la sépulture de deux anciens prieurs..... Au milieu de la partie haute de la nef et au bas des degrés qui la séparent du choeur, on remarquait une large dalle en granit gris mesurant deux mètres de longueur sur un mètre de largeur.... Une sculpture en demi bosse, placée au centre de la dalle, représentait deux tours rondes liées .... Une inscription latine en grosses lettres encadrait la dalle sur les quatre côtés. En partie effacée, nous n'avons pu en relever que le fragment suivant : JOHANNES.....OBIT......ANNO DOMINI MDLXXI [Jean.... trépassé.....L'an du seigneur 1576]
D'autres pierres tombales marquaient aussi les sépultures de Guillaume de JOYEUSE, maréchal de France, de certains de ses enfants et de Jeanne d'ALBRET, épouse de Claude de REBE. Cette dernière pierre, sauvegardée lors de la reconstruction de 1855, se trouve aujourd'hui aux fonts baptismaux, les autres ayant été malencontreusement recouvertes, hélas!, par le carrelage actuel.
Venons-en maintenant à l'édifice d'à présent. Une délibération du conseil de la fabrique datée du 30 décembre 1855 nous fait savoir qu'il était alors indispensable de reconstruire et d'agrandir l'église du lieu "compte tenu de son exiguïté et de sa vétusté". Afin de ne pas interrompre l'exercice du culte durant le temps des travaux, on conserva les bâtiments anciens en tant que vaisseau central, jusqu'à ce que les bas-côtés soient terminés. La pierre de taille utilisée pour les arcs des chapelles provient des carrières d'Alet, tandis que les pierres des colonnes ont été extraites des carrières de Rennes les Bains. Il est également précisé dans les documents que les pierres provenant des parties démolies du sanctuaire antérieur servirent à la construction du nouveau. En 1868, on posa le vitrage de la fenêtre axiale : ce vitrail, aujourd'hui disparu, représentait Saint Jean Baptiste. Quand au clocher, construit en 1733, il fit l'objet de travaux de consolidation en 1902. A la même date, on renouvela les enduits intérieur et extérieur. Enfin, en 1913, on passa commande d'une horloge neuve auprès d'un horloger mécanicien du Jura : L.D. Obodey cadet.
En entrant dans l'église, on est frappé par l'ampleur et la luminosité du lieu. A droite, un élégant bénitier aux proportions harmonieuses est taillé dans le marbre de caunes, beau et noble matériau d'un usage constant dans les églises de notre contrée pendant deux siècles. A gauche, les fonts baptismaux abritent la cuve octogonale, en pierre du pays, d'ancienne origine. Au centre du choeur on admirera le maître autel provenant, dit-on, de la chapelle particulière des anciens évêques d'Alet, dont les lignes sont en parfaite harmonie avec les deux crédences en bois doré du 18ème siècle. Un artisan de Couiza a conçu et réalisé sobrement la stalle du choaur qu'orne en sa partie supérieure un Saint Jean Baptiste en pied. Enfin, l'église possède deux plats de quête du 15ème siècle, mais surtout un très beau calice du 14ème siècle, d'inspiration byzantine, vraisemblablement offert par le cardinal de JOYEUSE et qui a figuré à la dernière exposition nationale d'art sacré.
Mais à ces oeuvres précieuses s'en ajoute une autre, plus immatérielle, à jamais oubliée et peut-être irrémédiablement perdue : en ce lieu témoin des joies et des peines de générations d'ancêtres s'est déroulée de siècle en siècle l'antique et "magnifique liturgie" du rituel d'Alet particulière à notre ancien diocèse et abandonnée après la Révolution. Voici ce qu'en dit notre témoin privilégié :
"Il existe dans l'ancien diocèse d'Alet un souvenir qui se rattache à l'exercice du culte et qui remonte peut-être jusqu'à ces temps reculés où les bénédictins habitaient dans leur maison conventuelle d'Alet. N'est-ce pas en effet à ces religieux qu'il faudrait attribuer la création de la magnifique liturgie qui jusqu'à ces dernières années a été en vigueur dans l'ancien diocèse d'Alet ....nous croyons devoir consigner ici l'impression qui est demeurée dans l'esprit des populations de la contrée. Cette impression se traduit par un sentiment d'admiration pour certains chants du rituel de l'ancien diocèse.... C'est surtout dans les "nocturnes" que l'on chantait dans les cérémonies funèbres, que l'on retrouve un caractère émouvant et grandiose, traduisant les accents les plus expressifs de la douleur humaine".
Au terme de cette notice qui s'est voulue le plus possiblement exhaustive, nous souhaitons d'une part qu'elle intéresse évidemment les fidèles et les visiteurs, d'autre part qu'elle incite les corps constitués à entreprendre les indispensables travaux de restauration et de rénovation de ce sanctuaire. (texte rédigé en novembre 1994).
© Limoux-aude.com - René Pech / Philippe Esperce
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