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LES VIEUX METIERS : LES RADELIERS DE L'AUDE
 

Après la Révolution, les Ponts et Chaussées était l'administration qui gérait et entretenait les rivières. Mais l'administration était souvent amenée à gérer les conflits entre les acteurs des deux principales activités économiques utilisant la force de l'eau de l'Aude: les radeliers et les marchands de bois pour le flottage du bois de construction et les meuniers pour les usines hydrauliques autrement dit les moulins.

Les meuniers se plaignent souvent de la lenteur des radeliers pour faire passer aux barrages les radeaux qu'ils conduisent.
De leur côté, les radeliers d'Espéraza et les marchands de bois de Quillan se plaignent régulièrement auprès de l'administration de la difficulté qu'ils rencontrent pour faire descendre les radeaux sur la rivière. Les principales réclamations portent surtout sur la nécessité de mettre en oeuvre des travaux pour retirer les rochers et les graviers qui encombrent le fleuve surtout à la saison des basses eaux. D'autre part sur la dangerosité ou le mauvais état des pertuis.

Ce document de 1840 est le rapport de l'ingénieur des Ponts et Chaussée sur l'état des pertuis des barrages le long de l'Aude depuis Belvianes jusqu'à l'embouchure de l'Aude faisant suite à de nombreuses demandes des radeliers d'Espéraza et des marchands de bois de Quillan. Ce texte est long mais j'ai choisi de le présenter dans son intégralité jusqu'au barrage de Pomas car il est riche de renseignements et permet de nous représenter la réalité de la vie quotidienne des ces métiers aujourd'hui disparus.

 

Rapport de l'ingénieur ordinaire des Ponts et chaussées sur une pétition des radeliers d'Espéraza et marchands de bois de Quillan tendant à obtenir qu'une vérification des pertuis soit faite par les hommes de l'art afin de constater les imperfections de la plupart des pertuis et les dangers auxquels s'exposent chaque jour les conducteurs de radeaux. (21 octobre 1840)


En vendémiaire an VII, une visite de la rivière d'Aude fut faite par les ingénieurs des Ponts et Chaussées. Ils constatèrent dans un
procès verbal les imperfections de chaque pertuis et les améliorations indispensables qui devront être apportées à chacun d'eux. Depuis cette époque les pertuis sont restés sensiblement dans le même état. De nouvelles chaussées ont été construites et de nouveaux dangers sont venus effrayer de plus en plus les conducteurs de radeaux dont le nombre diminue chaque jour. Cependant des routes s'ouvrent maintenant au milieu des forêts du pays de Sault et le commerce du bois fait par la ville de Quillan tend à prendre un accroissement considérable.
Ainsi les marchands de bois de Quillan et les radeliers d'Espéraza ont adressé à M
. le Préfet une pétition dans laquelle ils demandent une nouvelle vérification des pertuis ...

La rivière d'Aude est flottable à pièces perdues depuis l'extrémité du territoire de la commune d'Escouloubre jusqu'à Quillan. C'est seulement sur le port de cette ville que les arbres sont réunis en radeaux. Les pertuis pratiqués dans les barrages entre Quillan et la commune d'Escouloubre n'ont donné lieu à aucune plainte. UN seul cependant, celui
de Belvianes, offre de grandes difficultés aux passage des pièces perdues, le barrage de Belvianes et Cavirac appartenant à M POULHARIES Salvayre de Gincla est moins haut sur la rive droite que sur la rive gauche. Le pertuis est placé à l'extrémité gauche du barrage et à l'époque des basses eaux l'eau se porte du côté de la rive droite et des graviers se déposent devant le pertuis de sorte qu'il est impossible de faire passer des arbres. Pendant les crues le pertuis a un inconvénient au moins aussi grave, le radier est extrêmement court et les pièces alors plongent en aval, s'agglomèrent à la sortie du pertuis qui finit par en être encombré. Il faut alors des peines infinies pour dégager les pièces de bois les unes des autres et de faire flotter de nouveau à l'aval du pertuis. Le plafond devrait avoir 2 m de plus de largeur et une inclinaison de 2 cm par mètre.

Pertuis de Campagne sur Aude.
Le premier barrage que l'on rencontre en partant de Quillan est celui de Campagne. Son extrémité gauche est placée à 20 m environ à l'amont du pont de campagne. IL s'incline de gauche à droite et vient s'appuyer sur la pile du pont la plus rapprochée de la rive droite. A partir de là, il suit parallèlement la berge droite sur une longueur de 100 m environ et le pertuis est placé à l'extrémité entre le moulin et le barrage.
IL est facile de concevoir d'après la position du barrage que des graviers ont du se déposer sur la rive gauche. Ces dépots ont gagnés peu à peu le lit de la rivière et toute l'eau lors des crues se porte sous l'arche du pont la plus voisine de la rive droite.
Lorsque les radeaux arrivent, ils sont portés avec violence contre la culée du pont et sont généralement brisés par le choc. Si le radelier est renversé et cela arrive quelquefois, le radeau est entrainé par dessus la chaussée et le conductuer peu alors etre tué ou grièvement blessé par les bois qui roulent sur lui.. Le danger est beaucoup plus grand lorsque plusieurs radeliers arrivent en même temps : le premier arrivé doit passer au pertuis et chacun à son tour quelque soient les dégradations des radeaux qu'ils conduisent.
Une autre cause vient ancore augmenter les risques d'accident ; la vanne de fond placée à côté du pertuis en joue pas de sorte que des graviers se déposent devant le pertuis qui outre tous ces inconvénients à celui d'être trop étroits de 30 cm au moins de sorte que les radeliers qui donnent généralement 4 m de Largeur à leusr radeaux sont forcés pour traverser le pertuis de mettre derrière une des pièces qu'ils transportent.
Si ce pertuis était établi sur la rive gauche à l'amont du pont et qu'il fut dirigé sous l'arche du pont voisine de la rive gauche tous ces dangers disparaitraient et la vie du radelier ne serait pas compromise à chaque voyage.

Pertuis de M le Comte de MAULEON
Le barrage que l'on rencontre après celui de Campagne, entre Campagne et Espéraza appartient à Mr le Comte de Mauléon. Le pertuis de ce barrage est placé trop sur la rive droite et un rocher situé à l'amont empêche les radeliers d'y passer, l'eau dévice par ce rocher, porte les radeaux sur la chaussée qu'ils doivent necessairement franchir sans passer par le pertuis.
Il serait donc important de miner ce rocher ou de transporter le pertuis parrallèlement à lui même et à 3 mètre de sa position actuelle. Au reste ce pertuis est bien exécuté, la radier a une pente convenable et lors des basses eaux les radeaux peuvent y passer sans aucune chance d'accident.

Pertuis de Caderone
(Espéraza).
Lors des basses eaux les radeliers passent par le canal de fuite d'une vanne de fond pratiquée dans le barrage de Caderone. Le passage dans le canal est très commode pour eux infinimment plus rapide que par le pertuis, mais à l'époque des hautes eaux ils passent par le pertuis placé sur la rive gauche. Le pertuis est bien fait, les radeaux le traversent facilement, nous avons simplement remarqué qu'il était délabré et qu'il avait beoin de réparations assez urgentes.

Pertuis de Montazels.
Le pertuis palcé sur la rive gauche est bien construit, le radier assez prolongé, il serait cependant utile d'établir 3 piquets sur la gauche afin que le courant produit par les vannes de prise du moulin de Montazel sur la rive gauche coté du pertuis ne fit pas dériver les radeaux et ne les empêchat pas de pénétrer facilement dans le pertuis.

Pertuis de Couiza.
Ce pertuis est placé à l'extrémité droite du barrage situé peu en aval du château de Couiza. Il es tbien exécuté et les radeaux y passent sans difficulté, mais nous avons remarqué qu'un courant assez fort dirige les radeaux vers les vannes de prise du moulin à scie nouvellement exécuté, il serait essentiel d'établir sur la droite 4 piquets au moyen desquels les radeaux seraient dirigés plus facilement dans le pertuis.

Pertuis d'Alet.
Ce pertuis est placé à l'extrèmité droite d'un barrage nouvellement établi à 1000 m environ à l'amont d'Alet ; depuis la construction du pertuis, l'eau a creusé le canal de fuite et maintenant les radeaux plongent à l'aval au lieu de rester à la surface de l'eau et le danger du passage se trouve considérablement augmenté. Il est indispensable d'intimer au sieur GABARROU, propriétaire de barrage, l'ordre de construireson pertuis lorsque les eaux seront assez basses ; nous devons ajouter du reste que ce barrage a été construit sans autorisation et lorsque nous avons été sur les lieux faire les opérations de nivellement nécessaires à l'instruction de l'affaire après que le sieur Gabarrou eut fait sa demande de faire exécuter ce barrage, aucune plainte n'avait été encore faite contre le pertuis, nous avons meme reconnu qu'il était dans l'intéret des radeliers, attendu que dans cette partie du lit de la rivière, le ruisseau de Fajol porte d'énormes rochers qui arrêtent les radeaux à l'époque des basses eaux pendant un temps considérable.
Une circonstance qu'il est essentiel d'éviter dont la suite vient augmenter encore le danger du passage de ce pertuis, le barrage exécuté en pierre placées sans liaison l'une à coté de l'autre a été emporté en partie à la gauche du pertuis, et alors, l'eau sortant de la brêchede la chaussée arrive avec une violence extrême et jette contre les rochers les radeaux qui passent par le pertuis. Aussi, le jour meme de notre visite, 10 radeaux ont été brisés contre les rochers à l'aval de ce pertuis, ce passage est donc actuellement un des plus dangereux de la rivière et si le barrage n'est pas convenablement exécuté, s'il est emporté chaque années à l'époque des hautes eaux, les radeliers perdront pourle franchir un temps précieux, il existe aussi dans le canal de fuite du pertuis des rochers énormes que le propriétaire aurait du faire enlever.



 

Pertuis de Brasse.
Ce pertuis est placé à l'extréminté gauche du barrage de Brasse, ce barrage est composé de 2 parties inclinées en sens inverse, la partie appyée contre la rive gauche est perpendiculaire à la direction du courant et l'autre fait un angle de 15° environ. Le pertuis placé à l'angle de ces deux parties est perpendiculaire à la partie de barrageappuyé sur la rive droite, le courant se dirige contre le coté gauche du pertuis et est rejettécontre le coté droit de sorte que les radeaux viennent se heurter contre un des cotés du pertuis qu'ils détériorent continuellement.
Il serait dans l'intérêt des radeliers et du propriétaire meme du barrage de placer le radier du pertuis dans la direction du courant. Nous avons observé également que ce radier était un peu trop court et que les radeaux plongent beaucoup à l'aval sans qu'il y ait pour autant pour les radeliers un danger quelqconque à courir.

Pertuis de Ménard.
La chaussée de Ménard est placée à environ 900 m de la précédente. Le pertuis est situé près de l'extréminté gauche du barrage à côté de la vanne de prise d'une roue d'irrigation, le canal de fuite de cette roue est isolée par une palissade perpendiculaire au barrage et située à l'aval du pertuis, les piquets qui retiennent cette palissade sont dagereux pour les radeaux qui franchissent le pertuis et viennent se heurter , il serait nécessaire de faire placer contre ces piques des planches quii permettraient aux radeaux de glisser contre la palissade sans choc et par la suite sans danger.
Ce pertuis est bien dirigé et les radeaux y passent sans aucun inconvénient, mais il a le défaut de tous les pertuis de la rivière ; son radier est trop court, les radeaux plongent trop à l'aval et l'eau, lors de leur passage, les surmontent de 60 environ

Pertuis de Sourgnes et de la Porte.
La chaussée du moulin de Sourgnes est à 400 m environ du vieux pont de Limoux, le pertuis de cette chaussée est plus dangereux qu'aucun de ceux situés en amont. Il est près de la rive gauche et le moulin est bâti sur une voûte placée au dessus. Lorsque les eaux sont fortes, comme le jour de notre visite, il y a peine 60 cm entre le niveau de l'eau et la clé de voute. Les radeliers sont obligés de se baisser et diriger les radeaux dans cette position, quelques uns ont eu une partie de crane déchirée par les pierres saillantes hors de la voûte dont le parement intérieur est irrégulier. Beaucoup d'entre eux s'y sont grièvement blessés.
Ce pertuis e encore l'inconvénient d'être trop étroit de sorte que les radeliers sontforcés de mettre derrière leurs radeaux deux des pièces qui les composent. IL serait urgent d'abandonner ce pertuis qui pourrait alors être converti en vanne de fonds.
Un autre motif bien grave tend à corroborer notre opinion. Les radeaux en sortant du pertuis passent dans le canal de fuite des roues motrices du moulin. Ce nanal de fuite à 350 m de longueur une ile l'isole complètement. De la rivière, les radeaux arrivés à l'extrémité du canal de fuite sont à 15 mètres environ de la chaussée du moulin de la Porte dont le pertuis est placé sur la rive droite., les radeliers doivent donc remonter péniblement leurs radeaux sur une longueur de 200 m contre le courant pour venir passer par le pertuis du moulin de la Porte.
S'ils réussissent à remonter leurs radeaux au dessous de la chaussée de Sourgnesaprès de long efforts pour vaincre le courant, un autre danger les attend à la sortie du pertuis du moulin de la Porte ; La direction de ce pertuis porte les radeaux qui y passent contre la première pile du vieux pont du côté de la rive droite une vanne de fond placée à la gauche du pertuis porte aussi les radeaux contre cette pile de sorte que plusieurs radeaux s'y sont brisés et le jour de notre tournée un des radeaux qui sont passés par le pertuis s'est séparé et le radeliera été entrainé par la force du courant et n'est parvenu à se retirer de l'eau après 10 mn d'efforts.
Disons enfin que ce pertuis est rop étroit de 50 cm et que les radeaux sont entrainés du côté du moulin de la Porte à l'amont du pertuis par le courant qui se dirige vers la vanne de prise.
Mais si l'on plce le pertuis du moulin de Sourgnes prés de la rive droite et si l'on met le pertuis du moulin de la Porte où est la vanne de fond, tous ces dansgers, tous ces retards apportés à la navigation cesseront, les radeaux ne seonr plus forcés de passer par le canal de fuite qui les porte sur la chaussée du moulin de la Porte et ne seront plus brisés contre la pile du Pont Vieux par les efforts réunis des eaux qui passent par le pertuis et la vanne de fond.

Pertuis des religieuses.
Le pertuis du moulin des religieuses est placé à l'extrèmité gauche du barrage. Le passage des radeaux s'y effectue sans difficulté mais le grand nombre de vannes de fond du barrage force les radeliers à stationner à l'amont lorsque toutes les vannes sont ouvertes. Nous avons observé que le radier est trop court et trop élevé au dessus du seuil des vannes de fond de sorte que lorsqu'un radeau est passé par le pertuis, si deux ou trois vannes sont ouvertes le courant produit par les vannes de fond à l'aval du barrage fait trourner continuellement les radeaux qui restent quelquefois 3 ou 4 heures à la même place sans que les radeliers puissent parvenir à gagner le courant principal.
Il serait donc bien essentiel dans l'intéret d ela navigation que le radier fut abaissé et prolongéde 2 ou 3 mètres de sorte que l'eau en sortant du pertuis pourrait imprimer aux radeaux une force suffisante et les porter hors du courant des vannes de fonds.
Pour la manoeuvre des vannes de fond, on établit sur le pertuis un plateau que l'on relève après la manoeuvre et que l'on supporte par 2 pièces de bois verticales et assez élévé pour qu'en passant les radeliers ne courent pas le risque de se briser la tête ou d'être renversés au milieu du tourbillon produit par les trourbillons à l'aval du pertuis. Souvent ce plateau n'est pas relevé et reste placé sur le pertuis. Cette négligeance du propriétaire du moulin des religieuses peut donner lieu à des accidents graves si le radeau est emporté dans le pertuis par la force des eaux, et entraine des retards préjudiciables aux radeliers s'ils réussissent à s'arrêter à l'amont du barrage.

Pertuis de Pomas.
Le pertuis est placé à l'extréminté droite du barrage., il est bien exécuté, la direction du radier est convenable et les radeaux passent facilement pendant les eaux ordinaires. Mais pendant les hautes eaux le passage est dangereux attendu qu'il existe entre le pertuis et ses vannes de prise du moulin une vanne de fond qui entraine le radeau du côté du moulin et tends à le placer en travres du pertuis, il serait urgent de faire placer deux piquets en amont du pertuis dans la direction du coté droit de ce pertuis, cette réparation suffirant pour faire disparaître les dangers que les radeliers courent en le franchissant.

Avis de l'administration des forêts. (5 novembre 1840)
Dans les premiers jours de l'année courante, plusieurs négociants en bois et les radeliers d'espéraza adressèrent à Monsieur le Préfet du départment de l'Aude une pétition dans laquelle ils signalaient l'état défectueux des chaussées établies sur la rivière d'Aude, les périls auxquels cet état exposait les radeliers, les accidents qui étaient survenus et le préjudice qui en résultait pour le commerce des bois, le plus important de tous ceux auxquels les habitants du pays puissent se livrer ; ils demandaient en même temps qu'il fût procédé à une visite des lieux, et que les réparations reconnues nécessaurent furent prescrites.
M l'Ingénieur ordinaire des Ponts et chaussées fut chargé de la vérification demandée et il résultat de son rapport que sur les 28 barrages établis sur la rivière d'Aude, depuis Belvianes jusqu'à Moussoulens, il y en avait 12 dont les passages offraient des dangers continuels et dont les pertuis exigeaient des réparations urgentes ou des déplacements; 11 étaient en assez bon état et pouvaient être rendus parfaitement praticables au moyen de quelques réparations sans importance et enfin, un seul étaitn dans un état otut à fait convenable.
...
Le cours de la rivière d'Aude appartient incontestablement à l'état. Toutes les lois anciennes reconnaissaient comme propriété domaniale le lit des rivières navigables et flottables. Le Code Civil (art548) n'a fait que confirmer les anciennes dispositions.
Cette propriété était donc inaliènable et par conséquent imprescriptible. Tous les barrages qui peuvent avoir été élevés sur ce cours d'eau, ne sauraient avoir donné à ceux qui les ont construits un droit de quelconque propriété et ce droit ne peut même résulter des autorisations qu'ils ont obtenues, autorisations qui n'ont dû être données que conditionnelement et qui, alors même qu'elles auraient été obtenues sans condition ne lieraient pas l'Etat.
Ce dernier a conservé la faculté d'exiger la démolition des ouvrages qui changent la nature de sa propriété et s'il nexige pas cette démolition, il peut au moins contraindre ceux qui ont établi des chaussées à les disposer de manière à laisser libre le flottage et la navigation.
Partant de ces principes, il est oncontestables que les réparations aux chaussées et aux pertuis sont à la charge des propriétaires des usines dont les chaussées et pertuis sont la dépendance.
En 1739, le cours de la rivière d'Aude fut visité par des commissaires désignés par le Grand-Maître des eaux et forêts. Des réparations aux pertuis des chaussées existantes furent alors reconnues nécessaires et ordonnées.
En 1754, le Roi, alors unique législateur en France, décida de nouveau que ces réparations seraient faites, si déjà elles ne l'étaient et prescrivît qu'à l'avenir les moulins, chaussées et passelis ou pertuis seraient entretenus en bon état, à peine d'amende et de dommages-intérêts.
Enfin, l'arrêté du 19 ventôse an 6, après avoir rappelé les anciennes lois en la matière, consacre de nouveau implicitement le droit exclusif de propriété de l'Etat sur les cours d'eau navigables ou flottables et prescrit la reconnaissance des usines, moulins, chaussées dangereux ou nuisibles à la navigation.
Il paraît que l'état des anciens pertuis n'a pas été sensiblement amélioré depuis les époques ci-dessus citées. Le rapport de M l'Ingénieur ordinaire des Ponts et chaussées le prouve.
Il est de l'intérêt général que ces pertuis,a insi que ceux des chaussées récemment construites, soient réparées. Les nombreuses et importantes coupes de bois dans les propriétés particulières et de l'Etat forment le principal produit de ces contrées et la rivière d'Aude est à peu près la seule voie de transport. Les dangers que ces pertuis présentent rendent ces réparations très urgentes et le soussigné ne peut qu'approuver les mesures qui ont pour but d'arriver à ces réparations.
Le conservateur des forêts du 27 eme arrondissement estime qu'il y a lieu par M le Préfet du département de l'Aude d'accueillir la proposition de M l'ingénieur en chef des Ponts et chaussées tendant à faire nomer une commission chargée de faire constater l'état actuel des pertuis de navigation. M Cantegril, garde Général des forêts à Carcassonne, en ce moment chargé de l'intérim de l'inspection de Limoux. IL exprime le voeu que la navigation puisse avoir lieu sans interruption et sans dangers et cela dans l'intérêt des particuliers propriétaires des bois et de l'Etat.