La course aux boeuf

La course du boeuf, une tradition typiquement espérazaine

A l'heure où la corrida dans l'Aude fait débat, il est intéressant de rappeler une vieille tradition qui perduraient à Espéraza : la course du boeuf. Cette coutume était exclusivement locale (elle pouvait avoir lieu occasionnellement dans les villages voisons comme Fa, Antugnac ou Rouvenac) et intéressait la population entière de la cité chapelière. Il est impossible d'en connaître les origines. Urbain Gibert, en 1938, avait interrogé des personnes âgées à ce sujet qui, disaient-elles, l'avait toujours connue et leurs anciens eux même leur en avaient toujours parlé.

Tous les ruminants destinés à la consommation devaient courir dans les rues du village avant l'abattoir. L'animal était attaché par les cornes avec une corde d'une vingtaine de mètre tenue par un ou plusieurs hommes costauds. Toutes les maisons étaient ouvertes afin de pouvoir servir de refuge dans le cas où l'animal devenait incontrôlable. D'ailleurs, il arrivait parfois des accidents corporels ou matériels, une quête était alors lancée auprès des habitants.

Aux cris de "Al bioù !, al bioù !" toute la population sortait dans la rue et les jeunes du village énervaient la bête avec un "cuer", qui était un fagot recouvert d'une peau, et que l'animal, excité par le mouvement et les cris, chargeait tout au long du parcours. C'était une véritable "corrida", un peu comme celle de Pampelune où la fièvre gagnait toute la population. La course durait tant que la bête montrait de l'énergie. Ensuite, elle était tuée par un boucher à la manière des toros de corrida avec un couteau spécial et tout le monde assistait à la mise à mort, à son sacrifice pourrait-on dire.

La viande des boeufs les plus courageux était recherchée et son foie était une pièce de choix. Mes grands parents me racontaient d'ailleurs qu'un Espérazanais n'aurait pas mangé de viande d'un boeuf qui n'avait pas couru !

Cette tradition qui était à la fois l'émanation de coutumes païennes millénaire et le goût des hommes du pays à se mettre en danger, s'est arrêtée pendant le régime de Vichy et, si quelques tentatives ont essayé de faire revivre cette tradition, elle s'est définitivement arrêtée aux alentours des années 1950 pour des raisons variées.

© Limoux-aude.com  - Philippe Esperce