Le casteillas

Le casteillas de Villeraze

Au lieu-dit que l’on appelle communément le Pont de Bourigeole, le promeneur ne se doute pas que des vestiges d’un riche passé l’observent. Pourtant, avec un œil attentif, il pourrait distinguer, cachés par des chênes quelques pans de murs qui se redressent douloureusement pour guetter son parcours le long de la vallée de la Corneilla.

 

Il ne reste de ce petit château fort que les ruines d’un donjon carré de 11 m environ de côté et d’un mètre d’épaisseur. Plusieurs ouvertures servant de canonnières témoignent de son utilisation à des fins militaires. Ce casteillas ressemble en de nombreux points à ceux observés par Deltiens dans les Corbières (Mas de Cours, Portel, etc…) : L’emplacement : Il est construit sur un simple mamelon qui contrôle une vallée et à l’écart de toute habitation mais sur un site occupé par le passé.

 

L’histoire de ce fortin est difficile à restituer car quasiment aucun texte, à ma connaissance, ne mentionne clairement son existence. Par contre, sa construction pourrait remonter au XIV ème siècle (épaisseur des murs..) avec des modifications intervenues après le XVI ème (présence d’ouverture pour canons…). On peut supposer que ce château fut construit par le Sieur de Rivière (famille qui possédait encore au début XIV ème les seigneuries de La Serpent, Conilhac, une partie de Rennes le château, et bien d’autres biens), afin d’y abriter une garnison qui couvrait les châteaux de Roquetaillade, La Serpent. L’absence d’habitation et donc de population à proximité devait rendre plus facile les mouvements de troupe et empêcher toute protection aux envahisseurs en cas d’attaque.

 

Quant aux aménagements du XVI ème, ils s’expliquent par une période de troubles : A cette époque, les Corbières et le Fenouillède servent de frontière entre l’Espagne et la France. A l’envahissement du Nord de l’Italie qui appartenait au Roi d’Aragon, les espagnols répondent par des incursions sporadiques dans le Fenouillède et le Razès. Dans la première partie de ce siècle de nombreux villages sont pillés et brûlés (Axat, Rennes le château, Arques …). La rive droite de l’Aude reste sous contrôle aragonais, ce qui expliquerait le nom du quartier de Limoux : l’Aragou.

 

Lors des veillées au coin du feu, les anciens racontaient qu’une bataille avait eu lieu à cet endroit contre les espagnols. Elle fut si sanglante que les eaux de la Corneilla étaient rouges par le sang répandu par les combattants.

 

A ces guerres franco-espagnoles succèdent les guerres de religion. En 1563, Festes est saccagé par les protestants qui massacrent une partie de la population pour voler le bétail.

 

Le 23 août 1565, un arrêt du Parlement de Toulouse oblige Adrien de MONTFAUCON à indemniser aux Demoiselles de Niort et du Château des réparations de la place de Festes, qu’il reçoit en héritage de Guillaume-Bernard de MONTJARDIN son beau-père. IL s’agit peut-être là des modifications que le Casteillas a subi à cette époque là.

 

Les raisons de l’abandon de ce fortin sont tout aussi méconnues que celles de sa construction. Cependant, on peut suggérer plusieurs hypothèses : L’éloignement de la frontière entre l’Espagne et la France après le Traité de Pyrénées en 1660 a certainement incité les MONTFAUCON, propriétaires, à n’utiliser que le château de Festes, plus confortable. Cassini, le premier grand cartographe du XVIII ème, pourtant spécialiste de l’art militaire, ne juge déjà plus utile d’en faire mention. Le voilà tombé dans l’anonymat. Au fil des ans, il s’est tellement recroquevillé, humilié de ne juste porter que le nom de Casteillas …

 

..que le promeneur ne l’a même pas vu.