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La légende de Blanchefort

 

            Blanchefort était une forteresse wisigothe chargée de surveiller et de défendre les approches de Reddae, aujourd'hui, Rennes le Château, capitale de la région. Son dernier seigneur, Bernard de Blanchefort lutta vaillamment durant la guerre des albigeois à côté de son suzerain le comte Raymond Roger. Après la défaite, le château et le village furent détruits. Ce château de Blanchefort avait été bâti, dit-on, par Blanche de Castille, qui lui donna son nom. Abandonnée par son mari Pierre le Cruel et retirée au château de Pierre de Pertuse, elle vint aux eaux de Rennes-les Bains pour s'y soigner. En souvenir de sa guérison, le nom de "Bains de la Reine" fut donné à la source qui l'avait guérie de son mal.

            C'était dans les vastes cavernes entourant le château de Blanchefort que le trésor abandonné par les wisigoths avait été jalousement enfoui. Ce trésor, estimé à 19 millions de Louis d'Or était sous la garde du diable. Un jeune berger aperçu un jour le mystérieux gardien comptant et recomptant son or en plein soleil, avec une satisfaction rapace indescriptible. Il en avertit aussitôt ses amis qui ne tardèrent pas à répandre la nouvelle dans le village. Une fortune aussi prodigieuse et à la portée de la main ne tarda pas à faire naître dans le coeur des habitants les convoitises les plus ardentes et les projets les plus téméraires. Mais nul n'osait cependant, par crainte des représailles du diable, proposer ouvertement ce que tous pensaient en secret et brûlaient d'entreprendre. La cupidité, malgré tout, triompha de la peur, et par un commun accord, par un de ces phénomènes collectifs de contagion, tous les paysans décidèrent de faire le siège de ce trésor fabuleux.

            Persuadés toutefois qu'avec le diable il faut user de ruse ou de magie plutôt que de force, ils chargèrent de cette entreprise périlleuse le sorcier du village. Flatté de la confiance unanime que lui témoignaient en cette circonstance dramatique des compatriotes qui l'avaient tenu jusqu'ici en suspicion tracassière, le sorcier accepta crânement de tenter l'aventure, et demanda seulement quelques jours pour se préparer à une lutte qu'il savait gigantesque. Ses préparatifs terminés, il se livra encore sur la place publique et en présence de tout le village en émoi, à des incantations et des rites magiques qui parurent impressionner même les plus septiques et puis, il se lança d'un bond dans les cavernes du château et disparut aux applaudissements de la foule, qui dès lors devient silencieuse, attendant haletante l'issue de la lutte mystérieuse.

            Mais voici que bientôt jaillirent des souterrains obscurs où le sorcier vient de pénétrer, des gerbes d'éclairs effrayants, et se répercutent dans toute la vallée des grondements sinistres de tonnerre qui sèment l'épouvante dans les rangs de cette foule oppressée ; si bien qu'il ne reste bientôt là, pour attendre l'issue finale de la lutte, que les plus intrépides dissimilant mal l'anxiété profonde qui les étreint.

            Progressivement, la tempête s'apaise et au milieu d'un silence toujours angoissant, voici qu'apparaît tout écorché et les habits en lambeaux, le sorcier qui avait osé se mesurer au diable. Il fuit en courant cachant dans ses mains sa figure ensanglantée et va se réfugier, sans mot dire, dans sa modeste masure d'où jamais personne ne le vit ressortir....

 

 

Source : Texte extrait de :

Abbé Montagné " la démonologie audoise" 1941